Dessin et texte de Blandine Catteau

L'association "l'art et la manière"
vous invite à sa 2ème exposition universelle

du vendredi 13 au dimanche 29 janvier 2006

dans le hall de l'Hôtel de ville de Lomme

Le lundi de 13h30 à 17h30
du mardi au vendredi de 8h30 à 12h30  et  de 13h30 à 17h30
Le samedi de 8h à 12h
Le dimanche de 15h à 17h

Avec les œuvres de :

Isidore Adoum
Valérie Delhaye
Léna Kane
Nicolas Malherbe
Sylvie Plessy
Philippe Sprimont
Alain Vanderhaegen

Totem (de ototeman)

Ce mot nous vient des Algonkins - indiens
d’Amérique du Nord et veut dire :
« Il est de ma parenté »
ou
« Je suis de sa descendance, de son clan »

Le Totem figure un ancêtre, ou le protecteur d’un groupe d’individus,
ou encore l’esprit d’une communauté.
Il prend l’apparence d’un animal, d’un végétal, d’un objet
ou d’un phénomène naturel : éclair, pluie…

Autour du totem gravite un ensemble de règles, d’interdits, de phantasmes
 adoptés par l’ensemble du groupe et intégrés dans son organisation sociale.

Habitués aux représentations totémiques des peuples primitifs,
on peut s’interroger sur les emblèmes totémiques
 de la société à laquelle nous appartenons.

Totems ou fétiches ?

Blandine Catteau

Dessin et texte de Blandine Catteau

 

Léna Kane, organisatrice de l'exposition

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TOTEMS

L’adolescent était assis à même la poussière du sol de l’aire sacrée. Du village encore endormi ne parvenait aucun bruit et comme chaque matin, l’adolescent entretenait une muette conversation avec les totems de sa tribu.

Tantôt il s’adressait à l’un, tantôt il s’adressait aux trois symboles à la fois.

-       Esprits de mes ancêtres, murmurait-il, dans cet espace qui vous est consacré, j’aime à retrouver votre présence tutélaire.
Dans le réconfort de votre continuelle influence, je me réfugie.
Vos talents respectifs m’émerveillent et m’infusent énergie pour vivre avec mes frères…

De l’abondant cœur à cœur du jeune homme avec les Totems, nul ne savait rien car le plus souvent il évitait les mots.

À cause de ce mutisme qui lui était habituel, les siens l’avaient surnommé
“Celui-qui-pense-mais-qui-dit-peu”.

Lorsque par hasard il parlait, sa perspicacité, son intuition, sa sagesse étonnaient. Lui savait qu’il devait cela à la fréquentation des Totems.

Son discours intérieur parfois concernait l’Arbre.

-       Arbre séculaire, pensait-il, te voilà né de la terre.
Dans notre mère, tu plonges tes racines et, solide,
                tu t’élances et te déploies dans les airs.
Arbre : au céleste, tu nous relies.
Ainsi que toi, Arbre, je veux forcer mes racines en terre profonde et, de mes deux bras tendus, saisir l’énergie céleste et m’en nourrir à satiété.

 

À d’autres jours, “Celui-qui-pense-mais-qui-dit-peu” interpellait le Totem Fertilité fait d’une pierre longue dressée, tel un pénis, au milieu d’une vasque d’argile où sourdait une source.

-       Roc imputrescible passé par le feu, force native du fond des entrailles, tu fais alliance avec la coupe d’offrande et de votre union coule la vie, intarissable.
Comme toi, Totem, je veux perpétuer la vie, participer à ce continuum où personne ne s’invente, où chaque individu est le faisceau de relations multiples et abondantes.
Garde-moi, Totem, de croire que je sois à l’origine de quoi que ce soit.

Ainsi méditait “Celui-qui-pense-mais-qui-dit-peu” face au Totem Fertilité.

Cependant il s’animait et s’épanouissait lorsqu’il conversait avec l’Aigle sculpté au faîte d’un mat.

-       Effigie de mes rêves, idéal de beauté, comme toi je voudrais m’élever, m’élancer et dépasser ce qui, ici-bas, me pèse.
Emblème de suprême liberté,
                tu oses regarder le soleil dans les yeux.
Tes puissantes ailes te mènent au-delà de tout.
À ta guise tu te poses sur le vent
                ou sur les pitons rocheux les plus élevés.
Nul ne peut t’atteindre que tu ne le veuilles.
Aigle, je voudrais ta puissance, ton œil digne et fier…
                et aussi ta noble parure.
Comme toi, Aigle, j’aimerais tranquillement dominer l’ici-bas.
Aigle, entraîne-moi vers le haut… priait-il.

 

De ce qu’il priait ses Totems, le jeune homme ne parlait à personne. Aux seuls Totems, il confiait sa profonde et puissante aspiration à se dépasser, à atteindre l’au-delà de ses limites.

Avec eux seuls, il comblait ce besoin de toucher le ciel.

Il s’en retournait ensuite au village, serein, grandi, débordant de gratitude envers ses chers Totems, et plein d’allant pour le jour, grâce à ces êtres inlassables qui, au-delà de leurs représentations, se donnent et se prodiguent sans cesse, se donnent et se prodiguent à l’infini.

Blandine Catteau