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Des Lommois chez les Marocains
(récit de voyage par Blandine CATTEAU)

Taraudés par l’envie de retourner au Maroc et soucieux de ne pas grossir le troupeau des touristes ordinaires harcelés pour leur fric, Jean-Pierre, Lucienne et moi, de l’équipe Lomme - Tiers Monde, optons pour un voyage accompagné par un Marocain - Lommois.
Né à Fès, Abdel (29 ans) est arrivé en France à 11 ans, à l’occasion d’un regroupement familial. Il est ici animateur d’une association de quartier et se réjouit de visiter avec nous le Maroc qu’il connaît peu, si ce n’est la région de Fès, berceau de sa famille.

Notre objectif principal : rencontrer les Marocains plutôt que les sites.
Notre itinéraire, 2300 km de Marrakech à Fès et Zagora, a été fixé d’après les familles à visiter : il y a à Lomme une importante colonie marocaine, mais, faute de temps, nous avons dû exclure Rabat, Casablanca, Meknès et Oujda.

Ici, nous apportons les photos d’un nouveau-né à une grand-mère : elle pleure en embrassant les photos des siens. Là, nous retrouvons un jeune homme qui habita Lomme pendant ses études et lui donnons le bonjour de ses cousins.
Plus loin, nous séjournons dans la famille d’Abdel qui nous fait découvrir les médinas. Au hasard d’une nuit d’hôtel, rencontre avec un serveur marocain qui porte un tee-shirt " Terre des Hommes ".
Dans le sud, à Zagora, nous vivons une journée inoubliable dans une casbah en pisé, sombre et fraîche, mais très pauvre, où le branchement de l’électricité est attendu pour bientôt : c’est là qu’est né l’un de nos amis Lommois professeur d’anglais.

La visite du souk de Zagora, pilotée par un ami guide professionnel, nous entraîne chez les marchands de bestiaux : discussions codées, manèges, top-là démonstratif pour conclure le marché…

Sans doute avons-nous "vu" bien des aspects invisibles pour des touristes ordinaires, mais surtout, surtout, nous avons été reçus dans les familles et nous avons apprécié la gentillesse, la large hospitalité légendaire. Nous avions prévu des cadeaux, mais c’est nous qui avons été comblés : gentillesse, partage, amitié...

Merci à Abdel qui nous a facilité les échanges par sa fonction d’interprète et qui nous a ouvert les portes et les cœurs.

En dialoguant avec chacun et chacune, nous retrouvons des préoccupations semblables aux nôtres : Comment mobiliser les habitants d’un quartier ? Comment favoriser l’accès de tous à la scolarisation ? Quels loisirs éducatifs et sportifs proposer aux jeunes oisifs qui pourraient verser dans la délinquance ? Mustapha a organisé avec son association de quartier une circoncision collective de 135 jeunes garçons : déplacement de médecins d’hôpital, distribution de vêtements de fête, repas traditionnels pour des familles qui ne pouvaient envisager la dépense.

Saïd, la quarantaine, maîtrise d’anglais, cherche toujours un poste salarié.
En attendant, sur un bord de trottoir, il vend des cigarettes à l’unité, des graines de tournesol ou du pop-corn, du shampooing par dose, des mouchoirs de papier,… tous articles à 1 ou 2 dirhams (0,10 à 0.20 euros). Il a pris le parti de rire de lui !

Omar est président d’un " club du livre " à Zagora : il a constitué une bibliothèque à la disposition de ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter. Il lui manque des dictionnaires français et des livres pour enfants. Ses copains et lui, tous bénévoles, ont, entre autres projets, celui de constituer une pharmacie : mais oui, les médicaments non consommés par les habitants de la ville leur seront apportés, inventoriés, triés par des diplômés et, en accord avec des médecins, mis à la disposition de malades pauvres qui ne se soignent pas faute d’argent.

Alors nous ? Nous nous sommes aussi posé des questions : comment acheminer des ballons de foot, des raquettes et filets de ping-pong, des dictionnaires et livres pour enfants.

Comment sensibiliser autour de nous ? Comment mobiliser les familles marocaines qui ont tendance à se refermer sur leur groupe relationnel arabe ? Quel lien créer entre ville française et ville marocaine ?
Affaire à suivre…

Au retour, nous découvrons notre revue " Peuples en marche " de mai 98 sur le thème "  Le vrai voyage, c'est la rencontre ". Ah vrai ! Quel beau voyage nous avons fait. M'est avis que nous y retournerons !